Ce que l'on appelle couramment « photographier la Voie lactée », c'est photographier son cœur : la région dense et lumineuse située dans la direction de la constellation du Sagittaire. C'est elle qui produit ce nuage granuleux traversé de veines sombres que l'on voit sur les images. Le reste de la galaxie est bien là toute l'année, mais infiniment plus discret.
Cette précision change tout, parce que ce cœur n'est pas visible en permanence. Trois conditions doivent se réunir la même nuit : la bonne saison, l'absence de Lune, et un ciel assez sombre. Aucun réglage ne rattrapera une seule de ces trois-là.
Quand la Voie lactée est visible
Depuis la France métropolitaine, le centre galactique se lève au-dessus de l'horizon sud à partir de la fin février, juste avant l'aube. Au fil des semaines, il se lève de plus en plus tôt. En juin et juillet, il occupe une bonne partie de la nuit et culmine au sud. À l'automne, il n'apparaît plus qu'en début de soirée, déjà bas sur l'horizon sud-ouest, avant de disparaître. De novembre à janvier, il est dans la même direction que le Soleil : inutile d'essayer.
Deuxième condition, la Lune. Une Lune gibbeuse éclaire le paysage comme un lampadaire et efface le nuage galactique. Visez la nouvelle lune, à quatre ou cinq jours près. Un calendrier lunaire, ou n'importe quelle application d'astronomie, vous donne les créneaux du mois en quelques secondes.
Le calendrier, mois par mois
Où aller, et à quel point le noir compte
La pollution lumineuse est le facteur le plus sous-estimé. Depuis une périphérie de grande ville, même avec le meilleur boîtier du monde, le ciel prend une teinte orangée et le nuage galactique disparaît dans le halo. Les astronomes classent les ciels sur une échelle en neuf degrés, dite échelle de Bortle : 1 correspond à un désert sans aucune lumière, 9 à un centre-ville. À partir du niveau 4, la Voie lactée redevient franchement photographiable.
Concrètement, cela veut dire s'éloigner d'une trentaine de kilomètres des agglomérations, et se placer si possible avec les villes dans le dos. Plusieurs territoires français ont obtenu un label de réserve internationale de ciel étoilé, notamment le parc national des Cévennes et la région du Pic du Midi : on y trouve, la nuit venue, des conditions comparables à celles des sites d'observation professionnels. Les cartes de pollution lumineuse consultables en ligne permettent de repérer les zones sombres les plus proches de chez vous.
Repérez de jour
Le meilleur ciel du monde ne sert à rien sans premier plan. Allez voir le lieu à la lumière du jour : cherchez une silhouette qui se découpera au sud, arbre isolé, ruine, crête, ponton. Vous saurez aussi où poser les pieds une fois la nuit tombée.
Le matériel réellement nécessaire
- Un trépied stable. C'est le seul élément non négociable. Vous allez poser entre 10 et 25 secondes ; aucune stabilisation ne compense cela.
- Un objectif grand angle et lumineux. Un 14 à 24 mm ouvrant à f/2,8 est idéal. Un zoom de kit à f/3,5 fonctionne également, au prix d'un cran de sensibilité en plus.
- Un déclenchement sans contact. Le retardateur de deux secondes suffit : il évite la vibration du doigt sur le déclencheur.
- Une lampe frontale à lumière rouge. Elle préserve votre vision nocturne, qui met vingt bonnes minutes à s'installer et une seconde à disparaître.
- Des batteries chargées et des vêtements chauds. Une nuit d'été en altitude descend facilement sous les dix degrés, et le froid vide les accumulateurs plus vite que prévu.
Les réglages, et la règle des 500
La Terre tourne. Au-delà d'un certain temps de pose, les étoiles cessent d'être des points et deviennent de petits traits. La règle empirique la plus connue s'appelle la règle des 500 : divisez 500 par la focale utilisée, le résultat donne le temps de pose maximal en secondes, sur un capteur plein format. Sur un capteur APS-C, multipliez d'abord la focale par 1,5 ; sur un micro quatre tiers, par 2.
| Focale | Plein format | APS-C | Micro quatre tiers |
|---|---|---|---|
| 14 mm | 35 s | 24 s | 18 s |
| 20 mm | 25 s | 17 s | 12 s |
| 24 mm | 20 s | 14 s | 10 s |
| 35 mm | 14 s | 9 s | 7 s |
Cette règle est volontairement permissive. Sur un capteur très défini, examiné à 100 %, il vaut mieux retirer un tiers au temps obtenu.
Le point de départ classique, pour un 20 mm sur capteur APS-C : f/2,8, 15 secondes, ISO 3200, en RAW, balance des blancs autour de 3900 kelvins, stabilisation désactivée puisque l'appareil est sur trépied. Vous ajusterez ensuite la sensibilité selon ce que montre l'écran. Si vous ne savez pas encore ce que ces trois valeurs signifient exactement, le triangle d'exposition est expliqué ici : la photo de nuit est l'exercice qui oblige à le comprendre pour de bon.
La nuit venue, en quatre gestes
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Installez et cadrez à l'aveugle
Montez l'appareil, orientez-le vers le sud, et faites une photo d'essai de 10 secondes à ISO 12800. Elle sera bruitée et sans intérêt, mais elle vous montrera le cadrage en deux secondes. Corrigez, recommencez, et seulement ensuite revenez aux réglages définitifs.
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Faites la mise au point à la main
L'autofocus ne trouve rien dans le noir. Basculez en manuel, activez la visée sur l'écran, agrandissez au maximum sur l'étoile la plus brillante, et tournez la bague jusqu'à ce qu'elle devienne le plus petit point possible. La butée de l'infini n'est pas fiable : sur la plupart des objectifs, elle va au-delà de la mise au point réelle.
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Verrouillez tout
Une fois la netteté obtenue, scotchez la bague si nécessaire, et surtout ne rebasculez pas en autofocus. Coupez la stabilisation. Réglez le retardateur sur deux secondes.
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Posez, vérifiez, ajustez
Faites une vraie pose, puis regardez l'histogramme plutôt que l'écran, toujours trompeur dans le noir. La masse des valeurs doit se situer dans le premier tiers gauche, sans coller au bord. Si tout est écrasé à gauche, montez la sensibilité d'un cran.
Le fichier qui sort de l'appareil paraît toujours terne. C'est normal : une photo de ciel nocturne se termine au développement, pas au déclenchement.
Ce développement n'a rien de sorcier et ne demande aucun logiciel payant : remonter légèrement l'exposition, ouvrir les ombres du premier plan, ajouter du contraste local sur le nuage galactique, et surtout appliquer une réduction de bruit mesurée. Plusieurs outils gratuits font ce travail très correctement, à condition de partir d'un fichier RAW.
Les erreurs qui gâchent la sortie
- Partir un soir de Lune. C'est de loin la première cause d'échec, et la seule qui ne se rattrape ni sur place ni après.
- Oublier de couper la stabilisation. Sur trépied, elle cherche un mouvement inexistant et en fabrique un.
- Photographier en JPEG. Le fichier compressé ne supporte pas les corrections nécessaires. Les zones sombres se transforment en aplats.
- Regarder son téléphone en pleine lumière. Vingt minutes d'adaptation à l'obscurité perdues d'un coup. Mode nuit, luminosité au minimum.
- Négliger la buée. En fin de nuit, l'humidité se dépose sur la lentille frontale et brouille tout sans prévenir. Vérifiez régulièrement ; un simple chiffon microfibre suffit à condition de savoir nettoyer un objectif proprement.
Questions fréquentes
Peut-on photographier la Voie lactée avec un téléphone ?
Oui, et le résultat surprend. Les modes nuit récents enchaînent plusieurs poses et les assemblent automatiquement. Il faut impérativement caler le téléphone sur un support stable et déclencher avec le retardateur. Le mode professionnel, quand il existe, permet de fixer 15 à 30 secondes et une sensibilité élevée. L'image restera plus bruitée qu'avec un boîtier, mais le nuage galactique apparaît bel et bien.
Faut-il un objectif très cher ?
Non. Un grand angle lumineux confortable se trouve d'occasion pour quelques centaines d'euros, et le zoom fourni avec la plupart des boîtiers donne déjà des résultats corrects à sa focale la plus courte. La différence se paie en sensibilité : à f/3,5 au lieu de f/2,8, il faut monter d'un cran d'ISO, donc accepter un peu plus de grain.
Comment savoir où regarder dans le ciel ?
Un logiciel de planétarium gratuit comme Stellarium affiche le ciel à la date, à l'heure et au lieu de votre choix. Vous saurez avant de partir si le centre galactique sera levé, dans quelle direction et à quelle hauteur. Réglez-le sur votre commune, avancez l'heure jusqu'au milieu de la nuit, et cherchez le Sagittaire.
Pourquoi mes étoiles ressemblent-elles à de petits traits ?
Le temps de pose dépasse la limite liée à la rotation de la Terre. Reprenez le tableau ci-dessus et retirez quelques secondes. Si vous manquez alors de lumière, ouvrez davantage le diaphragme ou montez la sensibilité plutôt que de rallonger la pose.
Qu'est-ce que l'empilement d'images ?
Une technique qui consiste à prendre une dizaine de photos identiques du ciel, puis à les moyenner avec un logiciel dédié. Le signal des étoiles se renforce, le bruit électronique, qui est aléatoire, s'annule en grande partie. Le gain est spectaculaire et plusieurs de ces logiciels sont gratuits. Ce n'est pas indispensable pour une première sortie, mais c'est l'étape suivante naturelle.
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Article rédigé par la rédaction de Pleine Lumière. Les périodes de visibilité valent pour la France métropolitaine et varient légèrement avec la latitude.